| Le parcours intellectuel et politique de Ferdinand Buisson |
| Samuel TOMEI |
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UNE ILLUSTRATION DE LA METHODE RADICALE
Le parcours intellectuel et politique de Buisson révèle un homme d'une exemplaire fidélité à ses idées fondées sur la liberté de conscience, toujours soucieux de parfaire sa réflexion, et un ardent promoteur des principes républicains. Aussi, retracer la conception qu'avait Ferdinand Buisson du radicalisme revêt-il aujourd'hui un intérêt certain ; sa pensée politique demeure d'une grande actualité. S'en inspirer ne consiste pas à se replier dans quelque passéisme plus ou moins nostalgique [1] mais revient à montrer l'inaltérabilité de la méthode radicale, indistincte, dans l'optique de Buisson, de la méthode du libre examen conçue par la Réforme, et de la libre-pensée. Le corollaire en étant la laïcité dont on peut dire qu'elle est toujours (et plus que jamais) à l'ordre du jour. Le parcours de Ferdinand Buisson Ferdinand Buisson naît à Paris le 20 décembre 1841. Il reçoit une éducation huguenote orthodoxe mais non contraignante. Si sa faible complexion ne lui permet pas de se présenter à l'Ecole Normale Supérieure, il obtient néanmoins, à l'âge de vingt-sept ans, l'agrégation de philosophie. Républicain, il refuse de prêter serment au Second Empire, renonçant ipso facto à occuper tout poste universitaire en France, et s'exile en Suisse sur le conseil de Jules Barni. Il obtient au concours une chaire de philosophie et littérature comparée à l'Académie (Université) de Neuchâtel, qu'il quittera en 1870. Ferdinand Buisson mène à partir de décembre 1868 dans ce canton une activité dense et iconoclaste. Il prône l'abandon de l'Ancien Testament comme livre de lecture à l'école primaire en tant qu'obstacle à l'épanouissement intellectuel des élèves ; préconise la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; défend une conception très épurée d'une religion sans sacerdoce ni transcendance. Buisson, héraut des protestants libéraux, multiplie les conférences, publie des brochures, lance un hebdomadaire : L'émancipation, Organe du christianisme libéral pour la Suisse romande, crée une association : L'Union du christianisme libéral. On peut considérer son séjour helvétique comme une propédeutique à l'action qu'il mènera ultérieurement en France. Il assiste en outre aux deux premiers Congrès internationaux de la Paix et de la Liberté, l'un présidé à Genève en 1868 par Giuseppe Garibaldi, l'autre à Lausanne l'année suivante, par Victor Hugo. Buisson y manifeste un antimilitarisme marqué: "Je voudrais un Voltaire occupé pendant cinquante ans à tourner en ridicule les rois, les guerres, les armées! " Ses adversaires ne pardonneront pas à Buisson d'avoir alors comparé l'uniforme militaire à une "ignominieuse livrée ". Il se justifiera, arguant de sa jeunesse et précisant qu'il avait fait allusion à l'armée de Napoléon III. Il rentre dans Paris assiégé en 1870. Face aux réactions virulentes de monseigneur Dupanloup, mais aussi à celles du protestant (orthodoxe) Martial Delpit, Buisson doit rapidement abandonner le poste d'Inspecteur de l'Instruction primaire à Paris que lui a confié Jules Simon en 1872. Ce dernier, trois ans plus tard, nomme Buisson Secrétaire de la Commission de la Statistique de l'Enseignement Primaire. Il représente à ce titre la France pour le secteur de l'Instruction publique, aux Expositions Internationales de Vienne, la même année, et de Philadelphie, en 1876, complétant de la sorte ses connaissances en pédagogie comparée (dont il deviendra un spécialiste). En 1877 Buisson dirige la réalisation du Dictionaire de pédagogie et d'instruction primaire, dont les quatre volumes de la première édition paraissent de 1882 à 1887. Il en rédige les articles cardinaux: "laïcité", "laïque", "liberté d'enseigner", "morale"... Pierre Nora a promu cette "cathédrale de l'école primaire" au rang de "lieu de mémoire" [2] . Le 10 février 1879, Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique, nomme Buisson directeur de l'enseignement primaire. A ce titre on peut légitimement le considérer comme le maître d'oeuvre de la construction de l'école primaire laïque, gratuite et obligatoire. Buisson demeure dix-sept ans à ce poste. La succession de vingt-quatre gouvernements différents durant cette période (et de quatorze ministres de l'Instruction publique) contribue incontestablement à la continuité et la profondeur de son action. A l'origine de la création de l'Ecole Normale Supérieure de Fontenay-Aux-Roses pour les filles et de celle de Saint-Cloud pour les garçons, Buisson fonde aussi le Musée pédagogique, dépôt d'information sur l'Instruction primaire et, surtout, foyer de réflexion sur la pédagogie, engage le profond renouvellement de la Revue pédagogique ; on lui doit, enfin, la chaire de Pédagogie à la Sorbonne, qu'il occupe de1896 à 1902,après son départ du ministère. Il soutient en Sorbonne, le 27 juillet 1891, une thèse latine : De libertate Dei, et une thèse française : Sébastien Castellion (1515-1563), sa vie et son oeuvre, afin d'obtenir le titre de docteur ès lettres. L'Académie française couronne cette biographie, saluée à l'époque comme un "monument". Dès 1898, Buisson soutient publiquement la cause de Dreyfus. L'"Affaire" conduit Buisson à s'engager dans le combat politique. Député radical du XIIIème arrondissement de Paris une première fois de 1902 à 1906, il est membre de la Commission des associations et congrégations, président de la Commission de Séparation de l'Eglise et de l'Etat, enfin, rapporteur de la loi supprimant l'enseignement congréganiste. Il garde son siège pour les deux législatures suivantes jusqu'en 1914 ; il préside la Commission du Suffrage Universel (défendant l'instauration du scrutin proportionnel et plaidant pour l'octroi du droit de vote aux femmes: "la moitié du genre humain reste /../ non seulement à l'état d'infériorité, mais hors la loi, les femmes n'étant pas citoyens /.../.") [3] . Il retourne au Palais Bourbon pour un dernier mandat de 1919 à 1924 où il perd son siège (au scrutin proportionnel qu'il avait contribué à instaurer...). Le congrès radical et radical-socialiste lui préfère un autre candidat, plus jeune, pour les élections sénatoriales auxquelles, suite à son échec, il aurait voulu se présenter. Co-fondateur de la Ligue des Droits de l'Homme, il la préside de 1914 à 1926. Au cours de son existence Buisson accumule les présidences d'associations diverses (Ligue de l'Enseignement, Association Nationale des Libres Penseurs, Société de Sociologie, Union de libres-penseurs et de libres croyants pour la culture morale...) . II quitte la vie publique en 1927 et reçoit cette même année le Prix Nobel de la Paix avec le pacifiste allemand Quidde. Ferdinand Buisson meurt à Thieuloy-Saint-Antoine le 16 février 1932 à l'âge de quatre-vingt-dix ans. La pensée politique de Ferdinand Buisson ne relève d'aucun système a priori mais s'appuie sur une méthode commune aux protestants libéraux, aux libres penseurs et aux radicaux: celle du libre examen. Claude Nicolet a d'ailleurs écrit à très juste titre que l'expression "libre examen, empruntée au protestantisme ", lui semblait "définir le mieux la hiérarchie mentale implicite des républicains français " [4] . Le protestantisme libéral de Ferdinand Buisson Protestant libéral, Ferdinand Buisson se donne pour méthode de tout soumettre au doute et à la critique, sans limites. Il s'agit pour lui de mettre en oeuvre le libre examen conçu par la Réforme. On trouve le fondement du protestantisme libéral de Buisson dans la philosophie de Sébastien Castellion (1515-1563), à laquelle il se consacre près de vingt ans pour rédiger sa thèse. S'intéresser à cette analyse fine, rigoureuse et empreinte d'une sincère admiration est indispensable pour mieux appréhender non seulement les idées de Buisson, mais surtout sa façon de penser. D'abord bons, les rapports entre Calvin et Castellion se dégradèrent lorsque ce dernier douta du caractère inspiré du Cantique des Cantiques ; Calvin chassa Castellion de Genève en 1544. Dès lors adversaire du dogmatisme de Calvin qui aboutit à l'exécution de Michel Servet, brûlé le 27 octobre 1553, Castellion accorde une place centrale à l'individu rationnel et responsable: "Tout au rebours de l'orthodoxie calviniste, Castellion veut que l'homme se sache libre, si libre qu'il est impossible de concevoir une plus grande liberté. Pour l'établir il en appelle résolument, exclusivement même, au sens intime, à la raison naturelle." Ainsi prône-t-il le libre arbitre, arguant que si notre volonté obéit à des causes, "elle n'en est que plus libre, puisqu'elle ne cède qu'à des attraits entre lesquels elle choisit ". Quand Castellion affirme que "défendre une doctrine /religieuse/ ce n'est pas l'affaire du magistrat ", on sent déjà poindre l'idée de séparation entre les sphères spirituelle et temporelle. Buisson semble davantage avoir retrouvé dans la réflexion du "premier des modernes dans le protestantisme français" [5] ("l'un des plus éminents précurseurs du rationalisme " selon l'historien anglais Lecky [6] ), les caractéristiques de sa propre pensée, qu'il n'y aurait puisé une source d'inspiration. En niant l'infaillibilité pontificale, en remettant en cause l'autorité souveraine de l'Eglise, en reconnaissant à tout chrétien le droit d'interpréter librement la Bible (le protestantisme est une religion de l'herméneutique), et en restituant "à chaque chrétien le droit et le devoir d'être responsable de sa foi, de se former une croyance individuelle d'après le témoignage intime de sa conscience " [7] , le protestantisme a introduit dans le monde chrétien la pratique de la "variation" (Bossuet), et, partant, a largement servi la cause de la pensée libre. Deux protestantismes sont dès lors envisageables. Celui pour lequel la Réforme est un aboutissement, celui qui, selon Buisson, ne tarde pas à "rétablir dans une orthodoxie quelconque, un sous catholicisme expurgé, sorte de juste milieu entre la foi aveugle et la pensée raisonnée, religion et église de tout repos à l'usage des gens pieusement raisonnables et raisonnablement pieux " (note 7). L'autre protestantisme, quant à lui, considère la Réforme comme un processus continu, "pratique sans restriction la méthode rationnelle et libérale; il suscite la libre réflexion et la libre discussion et leur donne carrière sur tous les sujets, sans s'inquiéter des résultats qu'elles produiront, sûr à l'avance qu'il n'y a pas d'autre voie pour aller à la vérité." (note 7) Le protestantisme libéral est évolutionniste dans le sens où tout est perfectible, il refuse toute cristallisation dogmatique. La méthode du libre examen conduit à promouvoir la souveraineté de la conscience et la pratique du doute systématique. Libre de penser et seul face à sa conscience intime, l'individu s'émancipe au point qu'il n'est plus (ou pas) subordonné au collectif. On pourrait dire du protestantisme qu'il conduirait à une "atomisation" de la société à travers la responsabilisation de l'homme. Bertrand Badie note que "la théologie réformée a /.../ pour effet de parachever la notion d'individu, pour s'opposer à celle de communauté naturelle " [8] . Buisson rapporte la pensée de Brunetière selon lequel le protestantisme "a tué l'idée religieuse en faisant de la foi un acte essentiellement personnel, en considérant la religion /.../ comme une affaire individuelle (Privatsache), en proclamant la souveraineté de la conscience ".(note 7) Selon Buisson, plus précisément, le libre examen consiste à remonter aux principes, à les discuter, à pratiquer "le doute méthodique appliqué à toutes les croyances, comme le faisait Descartes ". Sauf que "les protestants n' /exceptent/ de cette sévère révision aucune de leurs croyances, tandis que Descartes y soustrait prudemment celles qui avaient le plus besoin d'y être soumises, car il 'prétend autant qu'un autre à gagner le ciel' ". Puisque Descartes pense que les vérités révélées sont au-dessus de notre intelligence, "ce n'est /.../ pas le cartésianisme, comme on l'a tant dit, c'est le protestantisme qui a l'honneur et la responsabilité d'avoir créé la méthode rationnelle et de l'avoir appliquée d'emblée à la religion ". Pour étayer ce constat, Buisson cite longuement Auguste Comte qui, en outre, déclare que par sa méthode, "la théologie protestante est une doctrine systématique de négation absolue "(le terme "absolue" étant ici sans doute excessif ) (note 7) Si refus de tout dogme immuable, pratique du doute méthodique, individualisme, perfectionnisme, rationalisme, tolérance active, humanisme, anticléricalisme, sont les caractéristiques du protestantisme libéral, "cette forme radicale du protestantisme "(note 7), ces termes conviennent tout aussi bien pour définir la libre-pensée et la méthode radicale, telles que Buisson les conçoit. Tout protestant libéral est libre-penseur Pour Ferdinand Buisson, qui adhère à l'Association Nationale des Libres-Penseurs en 1902, "être protestant libéral, c'est une des manières d'être libre penseur".(note 7) On ne saurait contester le lien entre protestantisme libéral et libre pensée, à la lecture de la "définition de la libre pensée en général" inscrite dans la Déclaration de principes présentée par Buisson lui-même au Congrès International de la Libre Pensée réuni à Rome le 22 septembre 1904, et votée à l'unanimité : "La libre Pensée n'est pas une doctrine; elle est une méthode, c'est à dire une manière de conduire sa pensée - et, par suite, son action - dans tous les domaines de la vie individuelle et sociale. Cette méthode se caractérise non pas par l'affirmation de certaines vérités particulières, mais par un engagement général de rechercher la vérité, en quelque ordre que ce soit, uniquement par les ressources naturelles de l'esprit humain, par les seules lumières de la raison et de l'expérience." [9] Et cette méthode est aussi celle du radicalisme. On ne pourra donc que convenir que, suivant cette optique, protestantisme libéral, libre-pensée et radicalisme se recoupent et se complètent. Buisson a trouvé dans le radicalisme la même façon de penser que dans le protestantisme libéral et la libre-pensée (dès lors que les trois se situent hors de tout dogmatisme). La méthode radicale selon Ferdinand Buisson Pour Ferdinand Buisson le radicalisme n'est ni une doctrine irréfragable, ni un empirisme caricatural conduisant à la pratique d'une politique sans dessein, déterminée par la seule fluctuation des circonstances. Le radicalisme est avant tout une orientation de l'esprit ("orientation" étant un terme reflétant davantage qu' "état" l'esprit en mouvement). Le radical est protestataire, insatisfait de l'ordre établi : "Le républicain radical n'est jamais satisfait. S'il le devenait, il ne serait plus un radical " mais un conservateur [10] . Le radical est foncièrement individualiste. Alain souligne la primauté de l'individu: "L'individualisme /.../ est le fond du radicalisme. /.../ c'est toujours dans l'individu que l'Humanité se retrouve, toujours dans la Société que la barbarie se retrouve.'' [11] Qu'on se souvienne des fameuses controverses à la Chambre entre Clemenceau et Jaurès, le premier considérant comme chimériques les solutions collectivistes du second. Buisson nous livre dans La politique radicale (écrit en 1908) sa conception d'un radicalisme dont "l'orientation /.../ se maintient toujours vers la gauche et qui résiste aux perturbations de l'atmosphère "(note 3, p.2 de l'avant propos). La politique radicale est "à la fois primesautière et méthodique, qui a tout ensemble la sûreté d'un instinct, la lucidité d'un plan, la force impérieuse d'une conviction ". Elle est, selon lui, I'une des formes de la politique républicaine, qui se distingue des autres par sa méthode. Cette méthode est celle de l'empirisme: le Parti radical "entend procéder par voie d'évolution, se proposant à la fois le progrès comme but et la légalité comme moyen ". Il est intéressant de noter que pour Buisson, républicain sur lequel le positivisme n'a guère eu prise, le progrès n'est pas postulé comme linéaire et inéluctable, mais qu'il est davantage présenté comme un dessein à réaliser à force de volonté. Aussi, quand Léon Bourgeois considère que la méthode du Parti radical est celle de "la nature elle-même ", que le Parti radical "attend de l'évolution morale et intellectuelle de chacun des individus l'amélioration progressive de la société " en vertu du principe selon lequel "tout organisme tend à se développer vers un état supérieur par l'évolution régulière de chacun de ses éléments coordonnés " (note 3, p. IV de la "Lettre" préface de Léon Bourgeois), interprète-t-on cette évolution plus comme le fruit d'une transformation naturelle que comme le résultat d'une remise en question, d'un effort permanents. En ce sens Buisson est proche de Condorcet : la perfectibilité est pour eux une notion essentielle. Le progrès a bien moins une base historique (déterministe) que volontariste. Condorcet d'ailleurs, "grand homme des radicaux '' [12] , prône un perfectionnement de la constitution républicaine tous les vingt ans. Buisson nous propose une définition de la méthode radicale dont l'efficacité suppose un certain pragmatisme : "Le radicalisme est /.../ bien résolu à suivre les leçons de la vie et les dictées de l'expérience. L'esprit radical a ce trait de ressemblance avec l'esprit scientifique qu'il vit de relatif et non d'absolu. Il ne prétend ni être immuable ni être infaillible. Il fait profession d'apprendre sans cesse et sans relâche. Ne se pliant à aucune consigne destinée à régler de force l'avenir, il est libre de toute entrave: il ne souscrit ni aux dogmes d'un système a priori, ni aux réserves intéressées d'un parti ou d'une classe, ni aux règles artificielles d'une prétendue sagesse sociale. Il n'apporte pas la vérité toute faite et parfaite. Il la fait laborieusement, heure par heure et parcelle après parcelle /.../. /.../ il faut bien convenir que la pensée mère du radicalisme n'a pas, ne peut pas avoir la netteté d'une oeuvre d'école composée à froid et adaptée à dès fins voulues. Elle est donc de formation libre et spontanée, empirique, multiple et populaire."(note 3, p.4 de l'avant-propos) La méthode, toutefois, ne saurait se suffire à elle-même. Pour Ferdinand Buisson elle "détermine !e sens général où se meut la pensée, elle en construit la courbe et en marque par avance toute la direction "(note 7). De cette pensée, évolutive par essence donc, il convient maintenant d'évoquer la teneur. Quel radical était Ferdinand Buisson Pour ce qui concerne les idées, Buisson fait sienne la théorie du solidarisme, élaborée par Léon Bourgeois, "doctrine sociale du radicalisme" qui est, d'après Buisson, "l'application d'une méthode positive qui tient /donc/ compte de la nature humaine tout entière, sans en excepter l'élément moral ". Le solidarisme, basé sur le constat de l'interdépendance des hommes entre-eux, considère que "chacun contracte une dette envers tous" (Bourgeois) "puisqu'il est impossible à un de vivre sans tous". Dans cette perspective, I'Etat n'est qu' "une création des hommes " (Bourgeois) et n'est, selon Buisson, que "le garant de tous les contrats ". Bourgeois développe alors la notion de quasi-contrat, qui "n'est autre chose que le contrat rétroactivement consenti ". Buisson ajoute que "ce que Rousseau appelait le contrat social doit être pré-supposé non pas comme un fait historique /.../ mais comme un quasi contrat d'association ". Le solidarisme conduit donc, et Claude Nicolet l'a bien montré dans L'idée républicaine en France, à faire du droit naturel non plus le fondement a priori du droit positif mais sa justification a posteriori.. Ainsi les républicains français concilient-ils droit naturel et positivisme; ce qu'illustre la formule de Léon Bourgeois: "il s'agit de créer des hommes libres et égaux en droit ". Il découle de ce qui précède, sur le plan pratique, que Buisson plaide en faveur de l'impôt sur le revenu : "la dette de chaque associé humain en matière d'impôt doit être estimée proportionnellement aux 'avantages' qu'il reçoit de l'association." Par ailleurs, pour Buisson, l'intervention de l'Etat est nécessaire et légitime dans le domaine économique et social "au nom des droits de l'humanité ": "La société, qui a la vie plus longue que l'individu, pense au lendemain, et elle entend y pourvoir " à travers l'édiction de lois sociales censées "aider à organiser par des subsides pris sur les deniers publics l'assurance contre le chômage, les secours en cas de maladie ", les "risques professionnels d'accidents " (note 3, chapitre VII, "Le radicalisme et la question sociale", p.207-255). C'est dans ce cadre que fut votée la loi de 1905 sur l'assistance pour les vieillards. Enfin, puisque "d'un droit virtuel /les déshérités/ veulent faire un droit réel ", Buisson, fermement attaché à la propriété privée : "les radicaux sont une classe de propriétaires qui travaillent et de travailleurs qui possèdent ", prône, à l'instar de ses collègues, la suppression du salariat à terme, après que "le prolétariat" aura pu ''efficacement faire valoir ses droits, améliorer sa situation matérielle et morale, obtenir la propriété de son outil et la rémunération légitime de son labeur '' [13] . Buisson renvoie dos à dos les "dogmes" des partis libéral et socialiste. Les uns considèrent la propriété individuelle intangible, les autres la propriété collective incontournable ; le Parti radical entend, lui, supprimer le salariat de façon "graduelle, pacifique et légale /.../ avec le moindre préjudice possible pour les possédants en particulier, pour la société en général". Buisson d'affirmer à cet égard: "La vraie différence est que les deux autres partis, libéral et socialiste, posent le problème sur la propriété, c'est-à-dire sur la condition des choses, le radicalisme sur la condition des personnes. Il tire toute sa politique, toute sa sociologie de la Déclaration des Droits de l'Homme /.../".(note 3, p. 237) Sur un plan moins "théorique" et plus politique, Buisson appartient au radicalisme de gauche davantage qu'au radicalisme "de gouvernement" sans pour autant que cette tendance entrave en quoi que ce soit son indépendance d'esprit. On sait que cet ami de Pelletan se montre favorable à l'ouverture à gauche [14] , mais de façon moins stricte peut-être que le "radical rouge". Sa faveur pour un radicalisme radicalement de gauche est ancienne. Sous le second Empire il se réclamait d'Edgar Quinet (qu'il a toujours considéré comme son maître) ; aux élections de 1869 il soutint dans Le Rappel du 6 juin la candidature d'Henri Rochefort contre celle de Jules Favre, prônant la séparation des Eglises et de l'Etat, la suppression du budget des cultes au profit du budget des écoles etc..., il invitait de la sorte les électeurs à couronner "virilement l'oeuvre de la revendication énergique " et à consommer "le triomphe de l'opposition progressiste et radicale." On ne s'étonnera pas que selon Buisson le fondement de l'ouverture à d'autres formations politiques est moins une question d'idéologie que de méthode: "c'est bien par la méthode que se rapprochent ou s'opposent les partis."(note 5, p. 232) Buisson se distingue de l'ensemble des radicaux lorsque, pendant la législature 1906-1910, à l'instar du socialiste Jaurès et du catholique Charles-Benoist il propose l'instauration du scrutin proportionnel afin que la majorité ne soit pas majoritaire en dépit de la réalité. Il invoque de grands noms : Mirabeau, Condorcet, Louis Blanc et Edgar Quinet, tous favorables à un mode de scrutin permettant la représentation la plus "exacte qui soit du réel rapport des forces entre les différentes formations politiques ". "Nous avons marché avec le scrutin d'arrondissement, nous sommes allés jusqu'au point où il pouvait nous conduire; nous n'avons pas le droit de nous y arrêter; la République est en marche, continuons de marcher avec elle." (Congrès du Parti radical de 1910). On retrouve Buisson toujours désireux de perfectionnement. Mais ni la Chambre, ni le Parti radical ne se rendent à ses arguments [15] . Son attitude lors des événements de 1907 est aussi révélatrice de son radicalisme. En mai 1907, la CGT dont l'objectif avoué est (jusqu'en 1911) de renverser la République par la grève générale révolutionnaire et de la remplacer par une société de petits producteurs dont le syndicat constituerait la cellule de base, provoque d'inquiétantes émeutes. L'ordre républicain menacé, les députés radicaux interpellent le président du conseil et ministre de l'Intérieur Clemenceau afin qu'il dissolve le syndicat. Le Président du Conseil refuse et Buisson lui accorde son entier soutien dans sa résistance à la pression de "la peur bourgeoise et /du/ conservatisme radical " [16] . Toutefois, Buisson "combat" et "déplore" que Clemenceau ait "ensuite repris en détail par des mesures individuelles ce qu'il avait accordé en bloc aux Syndicats, qu'il se soit entêté dans des rigueurs contre d'humbles fonctionnaires coupables d'avoir fait leur devoir de syndicalistes convaincus ".(note 5) Buisson est donc logique avec lui-même: il n'entend suivre que sa conscience, son intime conviction seule guide son action. Les idées et les actes politiques ne sont bons ou mauvais qu'en fonction de l'examen critique auquel on les soumet et non en fonction de leur origine. On pourrait appliquer la devise maçonnique à cet esprit indépendant: "un maçon libre dans une loge libre " deviendrait "un radical libre dans un parti libre ". (D'ailleurs, Buisson, bien que n'ayant jamais été franc-maçon, a prononcé, en harmonie avec les idéaux de la franc maçonnerie libérale, plusieurs conférences dans des loges, en tenue blanche fermée). De cette méthode du libre-examen découle la laïcité, principe de neutralité active qui réfute tout absolu normatif, au profit d'une attitude relativiste à l'égard des différents courants de pensée; la laïcité, condition de l'épanouissement de la liberté de conscience, est au premier rang des combats que mène Buisson, et avec lui les radicaux. La foi laïque de Ferdinand Buisson La laïcité de l'Etat est tributaire de celle de l'école. L'école laïque, gratuite et obligatoire est la pierre angulaire de l'édifice républicain. Buisson rappelle que "le peuple n'est souverain que si le citoyen est éclairé "; c'est à cette école qu'échoit la mission de former ces citoyens critiques et vigilants, le suffrage universel ne devant être aveugle et partant devenir l'instrument de quelque despotisme. Condorcet, dans son premier mémoire sur l'Instruction publique écrit en effet qu' "il ne s'agit pas de soumettre chaque génération aux opinions comme à la volonté de celle qui la précède, mais de les éclairer de plus en plus, afin que chacun devienne de plus en plus digne de gouverner par sa propre raison." Buisson n'aurait pas tenu d'autres propos. Buisson conçoit la laïcité, comme c'est le cas en général, comme la séparation des sphères publique et privée. L'instruction est publique, la religion une affaire personnelle. Buisson reprend à son compte les positions de Condorcet pour ce qui concerne la distinction entre une éducation nationale à l'antique (préconisée à sa manière par Rousseau s'inspirant d'Aristote), qu'on peut assimiler à une mainmise du pouvoir sur la jeunesse afin d'assurer la perpétuation des institutions, - et l'instruction publique impliquant la triple séparation de l'école, de l'Etat et de l'Eglise, l'enseignement ne devant être soumis à aucun dogme, ni religieux, ni politique. Pour Buisson, "nous n'avons pas le droit de toucher à cette chose sacrée qui s'appelle la conscience de l'enfant, parce que nous n'avons pas le droit, ni au nom de l'Etat, ni au nom d'une église, ni au nom d'une société, ni au nom d'un parti, au nom de qui que ce soit enfin, d'empiéter jamais sur le domaine de cette liberté de conscience, qui est le fond même et la raison de toutes les libertés " [17] . Si Buisson emploie l'expression d' "éducation nationale" ou d' "éducation libérale", il ne s'écarte pas de ce schéma ; seulement, il insiste tout particulièrement par là sur le caractère primordial de l'enseignement de la morale laïque fondée sur des éléments incontestés de tous et qui en appelle en outre à l'intuition, à l'émotion, à la conscience. "L'enfant a besoin d'autre chose que de l'apprentissage technique de l'alphabet et de la table de Pythagore '' [18] . La morale laïque enseigne "la claire notion du devoir, les idées de justice et de bonté, l'habitude de la réflexion, la culture de la conscience, l'amour du travail, le sentiment des droits de l'homme et de la dignité humaine, et enfin le véritable patriotisme /. ../"(note 17, p. 156). La morale laïque selon Buisson est d'essence spiritualiste, tandis que pour Ferry, elle relève davantage d'une "morale indépendante" empreinte de positivisme. Si Ferry consent à l'inscription (chère à Buisson) dans les programmes des années 1880 des "devoirs envers Dieu", mais un Dieu épuré au point d'être acceptable et par un catholique et par un protestant et par un juif, il s'agit d'une concession au personnel de l'Instruction publique à cette époque majoritairement spiritualiste. Le ministre refuse d'ailleurs cette inscription dans la loi. C'est à l'instituteur qu'il revient d'inculquer la morale laïque : "Qui peut prétendre qu'il y ait une éducation sans un ensemble d'inflences morales, sans une certaine culture générale de l'âme, sans quelques notions sur l'homme lui-même, sur ses devoirs et sur sa destinée ? Il faut donc que l'instituteur puisse être un maître de morale en même temps qu'un maître de langue ou de calcul, pour que son oeuvre soit complète."(note 18). L'engagement de l'instituteur à n'assujettir sa réflexion à aucun dogme, est la condition de la neutralité scolaire. D'après Buisson, pour garantir cette neutralité, l'école doit être pourvue non "d'un personnel composé de nullités obéissantes ", mais "d'un personnel d'hommes libres qui se surveillent eux-mêmes plus sévèrement que nul ne pourrait le faire " (note 17, p.16). L'instituteur doit être libre de toute orthodoxie pédagogique. On trouve ici encore Buisson fidèle à ses idées : "L'éducation républicaine ne croit pas à des vérités absolues, immuables, intangibles. Elle n'accepte ni doctrine d'Etat ni doctrine d'Eglise, comme l'expression parfaite de la parfaite vérité. Elle croit que la vérité elle-même évolue et grandit avec l'esprit humain. Elle croit qu'il faut, dans la transmission de nos connaissances, nous contenter d'approximations indéfiniment perfectibles, même en morale..." (note 17, p. 238) L'école doit former non des croyants, mais des citoyens. L'enseignement républicain n'est pas la réplique contraire de l'éducation catholique. Dans cette logique a-dogmatique (et non "anti"-dogmatique), Buisson se prononce en faveur de l'enseignement de l'histoire des religions et contre le monopole de l'enseignement. L'enseignement de l'histoire des religions est censé pourvoir les élèves et les étudiants d'une solide culture générale et, au-delà, susciter "une large sympathie pour les efforts de l'âme humaine, une sorte d'admiration non superstitieuse, mais respectueuse pour toutes les manifestations de la pensée et de la conscience sans cesse en marche vers un idéal sans cesse grandissant ".(note 17, p. 226). Le Congrès radical de 1904 adopte un voeu de Ferdinand Buisson sur "l'incompatibilité entre les fonctions de l'enseignement à tous les degrés et la qualité de membre d'un clergé régulier ou séculier ". Buisson n'a en effet de cesse de réclamer l'abrogation des dispositions de la loi Falloux qui octroient aux prêtres le droit d'enseigner autre chose que la religion. Toutefois, à l'instar de Barthélémy Saint-Hilaire, Buisson conteste qu'il puisse exister un droit naturel d'enseigner ; seul existe le droit pour l'Etat de juger de la capacité à enseigner de personnes devant remplir les conditions requises (telle celle d'être laïque) ; autrement dit, l'Etat peut déléguer son pouvoir enseignant à "des établissements et à un personnel placés sous son contrôle pourvu qu'ils remplissent les conditions imposées par la loi " (note 3, p. 196). Aussi, contre la majorité du Parti radical, Buisson, dans l'Action des 6 et 11 juin 1903, rejette-t-il l'idée de monopole de l'enseignement : il s'agit de vouloir la liberté pour tous, pour les autres comme pour soi : "Il n'y a plus ni enseignement ni éducation là où il n'y a plus de liberté de la pensée et la sécurité de la parole. Qui n'est pas un homme libre n'est pas un éducateur. Credo d'Eglise ou credo d'Etat, c'est également la mort de l'esprit. Donc, le monopole acceptable, parce qu'il n'est pas la laicité absolue de l'enseignement, ne supprime pas la liberté, même celle des catholiques. Et le monopole qui la supprimerait, supprimerait l'éducation libérale elle-même, avec la dignité de l'éducateur ". (note 17) Auprès de Jules Ferry d'abord et de ses successeurs ensuite, on a vu que de 1879 à 1896, Ferdinand Buisson, en tant que directeur de l'enseignement primaire, contribue pour une large part à l'édification de notre système scolaire. La lutte pour la laïcité se poursuit avec la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Buisson, on le rappelle, préside la Commission ad hoc à la Chambre des députés. Il a auparavant substantiellement exposé ses convictions en la matière au Congrès radical de 1904. L'Etat n'a pas à imposer à tous une religion, mais se doit de garantir à tous les courants de pensée une liberté d'expression qui n'a de limite que le respect de la liberté d'expression des autres et la nécessité de ne pas troubler l'ordre public. L'Etat doit être un pouvoir exclusivement civil. Pour Buisson, la séparation doit constituer "I'achèvement naturel de l'oeuvre de laïcité de l'Etat ". Mais, bien sûr, les dispositions de la loi de 1905 ne le satisfont pas entièrement : il les trouve "trop larges", trop de faveurs ayant été concédées aux catholiques (notamment la teneur de l'article 4 concernant l'attribution des biens ecclésiastiques aux associations cultuelles un an après la promulgation de la loi). Homme de synthèse, Ferdinand Buisson se montre aussi ouvert d'esprit qu'intransigeant, pondéré que fervent : libre-penseur, radical-socialiste défenseur sans faille de la laïcité, il n'en reconnaît pas moins le caractère incontournable du phénomène religieux (dans son essence, c'est-à-dire sans decorum et sans dogme). Etablir une continuité entre la philosophie de la liberté de Castellion, les idées laïques et républicaines de Condorcet et le radicalisme de Buisson relève, on l'a vu, de la logique. Pour ce qui concerne sa méthode, loin d'avoir vieilli, elle s'avère au contraire d'une indiscutable modernité, qu'elle prenne le nom de libre examen protestant, libre-pensée ou méthode radicale, c'est toujours celle qui repousse l'absolu au profit du relatif, la certitude pour le doute (sans la "pointe " duquel "toutes les connaissances sont bientôt pourries " selon Alain), la fixité au bénéfice d'un mouvement continu ; celle enfin qui consacre la primauté d'un individu libre de penser mais qui doit penser sous peine d'abdiquer sa liberté. Cette orientation de l'esprit est peut-être celle qui se fait de l'homme l'idée la plus noble...et aussi la plus exigeante. *** [1] "Aveugle qui se flatterait de faire durer, tel quel, le radicalisme d'hier." Ferdinand Buisson in Lettre-préface (p.X) à Charpentier, Armand, Le Parti républicain radical et radical-socialiste à travers ses congrès (1901-1911), M. Giard & E. Brière Libraires éditeurs, Paris, 1913, 468p. [2] Nora, Pierre (dir.), Les lieux de mémoire, Tome 1, La République, chapitre consacré à la pédagogie, "Le dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson", par Pierre Nora, P. 353-378, Gallimard, Paris, 1984, 672 p. [3] Buisson, Ferdinand, La politique radicale, étude sur les doctrines du Parti radical et radical-socialiste, lettre préface de Léon Bourgeois, V. Giard et E. Brière libraires éditeurs, Paris, 1908, p.220. [4] Nicolet, Claude, L'idée républicaine en France (1789-1924), essais d'Histoire critique, Gallimard, Paris, 1908, p.220. [5] Buisson, Ferdinand, Sébastien Castellion, sa vie et son oeuvre (1515-1563), thèse de doctorat ès -lettres, Hachette, Paris, 1892, tome II, 515 p., p.258. [6] Lecky, The Rise and Influence of Rationalism in Europa, t.II, p. 46. Cité ainsi par Buisson dans Sébastien Castellion, op. cit., p. 220-221. [7] Buisson, Ferdinand, Libre pensée et protestantisme libéral (composé de quatre lettres de Ferdinand Buisson au Protestant, et des quatreréponses du directeur de la revue, Charles Wagner), Fischbacher, Paris, 1903, 193 p., voir not. pp. 84-85. [8] Badie, Bertrand, "La pensée politique vers la fin du XVIème siècle : héritages antique et médiéval", in Nouvelle histoire des idées politiques, sous la direction de Pascal Ory, Hachette, 1987, 832 p. , p. 22. [9] "Déclaration de principes présentée au Congrès International de la Libre Pensée, réuni à Rome le 22 septembre 1904" in Buisson, Ferdinand, La foi laïque, Hachette, Paris, 1912, 336p., p.197-200. Le lien entre la libre-pensée et le radicalisme apparaît d'autant plusévident lorsqu'on lit dans cette déclaration que "la Libre Pensée est laïque, démocratique et sociale, c'est-à-dire qu'elle rejette, au nom de la dignité de la personne humaine, ce triple joug : le pouvoir abusif de l'autorité en matière religieuse, du privilège en matière politique et du capital en matière économique." On ne rappellera pas que l'article 2 de la Constitution de la Vème République dispose que la République est "indivisible, laïque, démocratique, et sociale" (c'est nous qui soulignons). [10] Milhaud, Albert, Histoire du radicalisme, Société d'éditions françaises et inter nationales, 1951, p. IX de l'avant-propos. [11] Propos sur les pouvoirs, op. cit., p.329-330. [12] Nicolet, Claude, Le radicalisme, P.U.F. (Que sais-je ?), Paris, 1983 (5ème édition mise à jour), 128 p., p.4. [13] Extrait de l'ordre du jour du Congrès du Comité exécutif du 6 décembre 1905, texte préparé par une commission composée de MM. Brisson, Buisson, Maujan, Pelletan, Bonnet et Sarrault, adopté à l'unanimité. (Buisson, La politique radicale, op. cit., p.372). [14] Voir "Le réformisme radical vu par Ferdinand Buisson, extrait d'un article sur 'la politique radicale-socialiste' publié le 12 III 1910 par le Bulletin du Parti radical", in Baal Gérard, Histoire du radicalisme, La Découverte (n°139), Paris, 1994, 124p., p.40 et 41 [15] Pourtant, Buisson n'applique-t-il pas dans une certaine mesure le programme radical de 1907 qui précise dans sa troisième proposition que le Parti Radical et Radical-Socialiste "demande que la réforme électorale /.../ doit assurer la consultation du peuple dans des conditions telles que les électeurs se déterminent bien plus sur des programmes que sur des personnalités", encore que cette résolution n'indique pas explicitement que la meilleure voie pour y parvenir est l'instauration de la R.P. [16] "Pour qui j'ai voté et pourquoi", Ferdinand Buisson, Le Petit Méridional, 16 mai 1907. [17] Buisson, Ferdinand, La foi laïque, Hachette, Paris, 1912, 336 p., p. 17 et 18 [18] Buisson, Ferdinand, article "laïcité" in Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (dir. Ferdinand Buisson), Hachette, Paris, 1911. |